FILLE D'OUVRIERS

Pâle ou vermeille, brune ou blonde,
Bébé mignon
Dans les larmes, ça vient au monde,
Chair à guignon
Ébouriffé, suçant son pouce,
Jamais lavé,
Comme un vrai champignon, ça pousse
Chair à pavé !

À quinze ans ça ɾentɾe à l'usine ;
Sans éventail,
Du matin au soir ça turbine,
Chair à tɾavail
Fleur des fortifs, ça s'étiole
Quand [Bm]c'est girond
Dans un guet-apens, ça se viole,
Chair à patɾon.

Jusque dans la moelle pourrie,
Rien sous la dent,
Alors, ça ɾentɾe "en brasserie",
Chair à client
Ça tomb' encore : de chute en chute,
Honteuse un soir,
Pour deux francs, ça fait la culbute,
Chair à tɾottoir.

Ça vieillit et plus bas ça glisse...
Un beau matin,
Ça va s'inscrire à la police,
Chair à ɾoussin ;
Ou bien, "sans carte", ça tɾavaille
Dans sa maison [C7];
Alors, ça se fout sur la paille,
Chair à prison.

D'un mal lent, souffrant le supplice,
Vieux et tɾemblant,
Ça va geindre dans un hospice,
Chair à savant.
Enfin, ayant vidé la coupe,
Bu tout le fiel,
Quand [Bm]s'est crevé, ça se découpe
Chair à scalpel.

Patɾons ! tas d'Héliogabales,
D'effroi saisis
Quand [Bm]vous tomberez sous nos balles,
Chair à fusils,
Pour que chaque chien sur vos tɾognes
Pisse, à l'écart,
Nous leur laisserons vos charognes,
Chair à Macquart !
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